L’envol des PSP, deuxième partie : comment les PSP peuvent rivaliser avec les géants de la tech et du e-commerce

18 février 2020

“En Europe et aux États-Unis, les grandes entreprises tech et e-commerce sont en passe de devenir très puissantes” explique Gaston Aussems, PDG de Mollie. Il fait référence aux géants du e-commerce comme Amazon et aux entreprises tech comme Apple. Ces dernières affichent une croissance impressionnante et viennent par conséquent marcher sur les plates-bandes des services de paiement.

Et pour ce faire, ils s’arment de technologies innovantes, de la même manière que les Prestataires de Services de Paiement (PSP) avaient soustrait aux banques les paiements et l’expérience client.

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Des données et une meilleure expérience client

Pourquoi les acteurs majeurs de la tech et du e-commerce se mettent aux paiements ? Pour les données. Si elles comptent énormément pour eux, c’est parce qu’elles constituent un puissant outil pour générer des revenus. Gaston illustre cet argument : “Si vous payez avec Amazon Pay [le service de traitement des paiements d’Amazon] via un autre commerçant en ligne, Amazon se sert de ces données pour adapter en conséquence les produits en vente sur son site. Ils espèrent améliorer l’expérience client et augmenter ainsi le volume des ventes. Grâce à leurs propres produits de paiement, les grands de la tech tels qu’Apple et Google peuvent diversifier leur offre et multiplier leurs points de contact avec les clients.

Les grands sites e-commerce comme Zalando, Coolblue ou encore Veepee sont désormais passés au “checking in” pour simplifier toujours plus le shopping et le paiement. “Le check-in signifie que dès l’instant où vous vous connectez, le webshop s’adresse à vous pour vous dire bonjour et vous souhaiter à nouveau la bienvenue. Et ils peuvent vous suivre pendant que vous effectuez vos achats pour vous suggérer des articles qui pourraient vous plaire. Comme vous avez été identifié lors de la connexion, une fois le moment venu de valider votre panier, ils connaissent déjà votre moyen de paiement préféré ainsi que votre adresse”. Il vous suffit de cliquer sur “payer” et votre commande a été réglée et sera acheminée vers vous. Voilà comment, précise Gaston, “ils sont en mesure de vous offrir une meilleure expérience client en se basant sur les données”.

L’émergence des écosystèmes

En revanche, seuls les très grands peuvent intégrer ce concept, affirme Gaston, “parce qu’ils savent rendre intéressante la création d’un compte client en proposant toute une gamme de produits et services qui, à leur tour, donneront envie aux gens de revenir et d’acheter davantage. Personne n’a envie d’être contraint à renseigner ses informations à chaque fois qu’il achète quelque chose”.

Les prêts, les plateformes pour commerçants et même les soins de santé sont disponibles chez les grands du e-commerce. Certains d’entre eux, Amazon par exemple, gèrent également eux-mêmes leurs paiements.

“Au final,” souligne Gaston, “les gros sites e-commerce veulent s’assurer que peu importe ce dont vous aurez besoin, c’est chez eux que vous irez”. On constate ici un véritable effet boule de neige, que Gaston décrit de la façon suivante “plus vous allez chez eux, plus ils en apprennent sur vous, mieux ils connaîtront vos attentes et plus ils pourront vous vendre leurs produits. L’ajout de services comprenant la livraison gratuite et d’autres avantages, comme Bol Select ou Amazon Prime, continue de rendre ces sites marchands incontournables pour les clients. C’est donc “dans ce contexte que les écosystèmes e-commerce ont fait leur apparition”.

Les paiements électroniques sont omniprésents

Mais qu’en est-il des PSP, au juste ? Ils continueront bien évidemment d’équiper les commerçants en ligne tout comme le font certains des gros écosystèmes. Il reste toutefois de nombreuses autres opportunités pour obtenir sa part du gâteau.

“Vous vous êtes déjà fait livrer à manger ?” demande Gaston. “Une entreprise a fourni ce paiement”. Les PSP proposent également des paiements et d’autres services, notamment le rapprochement et la protection contre la fraude, à des plateformes e-commerces plus petites “car pour ces plateformes, faire équipe avec un partenaire agréé pour gérer leurs paiements représente un gain de temps, d’argent et leur épargne bien des efforts” déclare Gaston. “La partie B2B en e-commerce reste elle aussi à conquérir par les PSP. C’est la raison pour laquelle nous avons tant d’intégrations sur notre plateforme” observe Gaston, “et pourquoi nous voulons accompagner nos clients autant que possible dans leur réussite en leur proposant à terme des services commerciaux supplémentaires”.

“Dorénavant, cette tendance de moins posséder et de partager ou louer de plus en plus va perdurer” ajoute Gaston, “ce qui veut dire que les abonnements font et continueront de faire partie de la vie quotidienne”. Ikea est en train d’expérimenter la location de meubles et les gens louent des voitures uniquement lorsqu’ils en ont besoin via des entreprises comme Green Wheels. On peut même louer des appareils électroménagers à des distributeurs comme Coolblue, ou des vélos à des entreprises comme Swapfiets. “C’est pourquoi nous [Mollie] avons lancé eCurring, déclare Gaston, afin de faciliter la mise en place et toute la gestion que nécessitent les abonnements.

Tout cela montre que “les paiements e-commerce ne représentent qu’une partie du marché des paiements” conclut Gaston. “En somme, les paiements électroniques s’étendent à tous les secteurs de l’économie” et ils gagnent du terrain parce qu’ils sont pratiques. Par exemple, “Les factures électroniques avec options de paiement intégrées sont réglées beaucoup plus rapidement“, explique Gaston, “et entraînent un déclin des facturations traditionnelles”.

Des pouvoirs considérables

Mais jusqu’où ira la croissance des géants de la tech et du e-commerce ? Vont-ils engloutir l’intégralité des paiements et du e-commerce ?

“Je ne pense pas que cela ira aussi loin” déclare Gaston, “parce qu’en Europe et aux États-Unis, il existe des forces politiques en mesure de freiner l’amplification de la puissance de ces écosystèmes”. Les législateurs dans ces régions du monde empêcheront les grands acteurs de la tech et du e-commerce de devenir comme en Alibaba et Tencent en Chine, qui génèrent des écosystèmes englobant tout, des services de chat en passant par le shopping ou encore les services financiers.

Mais malgré tout, Gaston estime que les “PSP devraient évoluer en tenant compte de ces phénomènes concrets et du fait que les pouvoirs de ces géants du e-commerce et de la tech sont considérables.

Enfin, Gaston pense que les grandes entreprises tech et e-commerce ne veulent même pas des réglementations et de la supervision liés à l’ajout croissant de services financiers “parce que ça les insupporte”. S’appuyant sur Apple comme exemple, il note qu’avec “Apple Pay, ils sont très intelligents. Ils prennent tout en charge jusqu’à ce que cela devienne un paiement et transmettent ensuite cette partie à une institution financière réglementée pour qu’elle s’en occupe, puis Apple récupère toutes les données.”

Tout comme Apple et les autres entreprises qui innovent, les PSP doivent trouver où apporter de la valeur ajoutée. “Ceux qui réussissent cette étape,” précise Gaston, “ont devant eux un avenir prometteur.”